“Ubwishaza Busosa”

Je suis très heureuse de vous retrouver en ce 15 du mois, chers confidents. Je n’ai pas pu venir le 15 dernier faute de temps, mais ce n’est pas une excuse assez valable, je le sais.

Normalement quand j’écris, je pense à vous, je m’inspire de l’expérience burundaise que nous partageons, et donc je suis sûre que d’une manière ou d’une autre, quelqu’un pourra se retrouver dans mes lignes.

Mais Kayobe Kirabura n’est plus au Burundi, elle est allée poursuivre ses études universitaires de l’autre côté de l’Océan. Et là-bas, les petits pois sont sucrés!

À quoi bon parler de petits pois sucrés alors que mes confrères et consoeurs n’en ont jamais goûté? Comment les décrire? Pourquoi les décrire? J’ai pris peur, j’ai eu des doutes, mais puisque je suis dotée d’estime de soi excessif, je me suis dite “Dieu m’a mis sur cette Terre en tant que lumière, donc peu importe où il la placera, cette dernière devra briller pour éclairer des vies!”

Donc oui, me voici assise parterre (ma favorite position pour écrire) sur le point de vous parler de ces petits pois sucrés.

Depuis mon arrivée, la nourriture ne cesse de créer en moi nausée et confusion. Jusqu’à ce que… des petits pois sucrés! J’ai tout de suite ri! C’était agréable et drôle, ces trucs verts avaient un goût amusant, j’ai quitté la cantine toute joyeuse et j’ai commencé à réfléchir… j’ai fouillé dans ma tête pour y trouver mes toutes premières impressions et à quoi elles me faisaient penser.

“Pauvres mollusques”

Il fait froid. Ça pleut comme ça veut, et avec ça, des mollusques vaquent à leurs occupations quotidiennes. Sauf que, nous humains, les piétinons sauvagement-sans faire exprès. Je l’ai remarqué car il y a ce particulier sentier qui ne sent pas bon, et en observant attentivement , j’ai compris que ces mollusques avaient une triste vie.

Cette tristesse m’a fait penser à ma solitude. Je suis seule ici, personne ne me connait, je ne connais personne. Normalement à Buja, je n’ai aucune difficulté à m’intégrer dans un nouveau groupe, par ce que j’ai déjà un nom et je suis sûre de qui je suis. Mais ici, je ne règne plus, je ne donne pas d’ordres, je suis plutôt soumise.

Au lieu de m’apitoyer sur mon sort, je décide de faire de cette solitude ma leçon d’humilité.

Me voici donc en train d’essayer de faire une conversation, en complimentant les cheveux d’une certaine fille, son “merci” est très froid et elle ose même se tourner pour parler avec quelqu’un d’autre.

À la cantine, il n’y avait plus de place à côté d’une amie que je me suis faite. Je me déplace vers cette autre table, je prends place et déjeune. Mais le jeune homme à mes côtés n’apprécie pas ma présence, il se lève et s’en va…

Je suis ce mollusque qu’on écrase sur son passage, tout est nouveau ici.

Brochettes-écureuils”

Y a des écureuils un peu partout. Leur vue me perturbe. Ils sont tout mignons avec un petit derrière. J’ai vraiment envie de les manger, vraiment. Je les vois passer et salive.

Ce qui me rassure c’est que j’ai le droit d’avoir ce sentiment. Et cela m’a fait penser au fait qu’ici, tout le monde a sa place. “Normal” n’a pas de définition exclusive.

Ici, les salles de bain sont adaptées aux personnes infirmes aussi. Les parents circulent fièrement avec leurs enfants handicapés: j’ai vu cette petite fille qui cassait tout à son passage, j’ai vu cet obèse à la main tremblante. À mon école, il y a ce jeune homme qui bégaie comme un disque rayé, il y a cette fille sur une chaise roulante, il y a ce garçon qui a toujours des cartes sur lui, prêt à nous impressionner avec des tours, il y a des transgenres, il y a cette fille à la voix d’homme, et puis il y a moi, qui peut finalement porter des shorts comme je les aime, sans jugement ni regard menaçant.

Au Burundi, la plupart des gens listés ci-haut restent cachés dans leurs coins car “Normal” les exclut. Triste.

De la même façon que j’ai dit vouloir faire de ces écureuils des brochettes, j’aimerais que mon peuple se sente libre d’exister, sans honte ni peur.

Zebraaaa 🦓”

J’ai du mal à accorder confiance aux conducteurs pour ce qui est du passage piéton. Je me tiens debout, je ne bouge pas et attends à ce que la voiture avance. Si ce n’est pas le conducteur qui me fait signe d’avancer, c’est mon cerveau qui me rappelle que je ne suis plus au Burundi, que tout va bien.

Ici, les gens semblent s’atteler de tout cœur aux tâches qui leur sont confiées. Cela me fait penser au Burundi, où “division du travail” semble être inexistante. Les gens se mêlent des affaires qui ne leur regardent pas-professionellement ou non.

Étant loin du pays, je m’attendais à avoir la plupart d’info sur ce qui se passe, mais à ma plus grande surprise, des choses insignifiantes font la une, et cela m’énerve, tout le monde est expert et veut parler.

Frisbee toss”

Une tradition à mon école… je dirai qu’un frisbee a la forme d’un disque, et il se lance dans un espace ouvert, d’une personne à une autre.

Et donc la tradition.. chaque nouvel étudiant tient son frisbee et y marque le plus d’informations possible (nom&prénom, adresse) et au signal, chacun essaie de lancer le plus loin possible vers un point donné. Au second signal, on court ramasser un frisbee n’importe où sur le terrain.

Le but c’est d’aller remettre le frisbee ramassé au proprio, et de là, qui sait, une amitié peut naître. Mais avant de lancer mon frisbee, je me suis retrouvée en train de prier. J’ai prié pour la personne qui allait ramasser mon frisbee, j’ai prié pour une belle intégration dans cette nouvelle communauté, j’ai demandé à ce que sa santé mentale reste intacte, j’ai prié pour de bonnes amitiés et belles aventures.

-Ohh je sais, j’ai cette façon ennuyante mais fascinante de trouver Dieu dans les petits détails de mes rencontres, de mes journées, et je souhaite que mes lecteurs apprennent à faire cela, c’est juste agréable de voir Dieu partout, et déstressant. Je pense avoir une foi arc-en-ciel, bref j’en parlerai une autre fois.

C’est ici que prend fin notre voyage dans ma petite tête. Et avec ça, je me rends compte que finalement chaque petit détail de nos vies peut servir de grande leçon, si seulement on est attentif.

Shoutout to these petits pois sucrés qui m’ont fait écrire tout ça!

Bye rero♥️ au 15 prochain!



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